Troubles du comportement : approche « existentielle »

Troubles du comportement : approche « existentielle »Troubles du comportement : approche « existentielle »

 

La personne âgée vit un certain nombre de pertes, dans les domaines physique, intellectuel, affectif et social; ces pertes sont rendues particulièrement insupportables par l’absence de vraies perspectives, puisque cette

période de la vie conduit irrémédiablement à la mort.
La conscience, plus ou moins claire mais réelle que la personne âgée en a, la voue à la pire des angoisses, l’angoisse de mort, prototype de toutes les autres.
Or il existe communément à ces âges un « défaut de mentalisation », une difficulté à élaborer mentalement son vécu, qui conduit l’angoisse à s’exprimer préférentiellement sous la forme de troubles du caractère et du comportement. Ces troubles prennent des modes d’expression variables selon la personnalité et l’histoire du sujet, mais ils manquent rarement à un moment ou un autre de l’évolution. Ce sont généralement des manifestations d’opposition, sous forme de cris, agitation plus ou moins agressive, ou refus alimentaire (ces derniers plutôt dans un contexte dépressif ou de chantage affectif).

Ils peuvent renvoyer à des causes diverses de mal-être, et souvent à plusieurs superposées :

– un contexte douloureux (la douleur est désorganisante),
– des éléments confusionnels, fréquents dans les affaiblissements démentiels… – et parfois simplement des difficultés à vivre une situation particulièrement

éprouvante dans cette étape de l’avance en âge.

Parmi les facteurs de difficulté à vivre au quotidien, il faut compter :
– les pathologies et souvent l’immobilité forcée,
– mais surtout un sentiment d’insécurité permanent, dans un mode de vie où

les patients sont totalement soumis à un rythme de vie imposé, par des soignants beaucoup plus jeunes, avec des intrusions permanentes dans leur « espace » et leur temps, qui réalise une destruction de leur enveloppe narcissique.
Il existe des thérapeutiques pour « venir à bout » de ces épisodes. Mais dans tous les cas, il ne sera pas inutile de rechercher un « raté » de la communication, qui a quelquefois conduit le patient à « choisir » ce mode d’expression non verbale.

Cette communication avec la personne âgée peut être particulièrement difficile dans les cas de troubles phasiques, où il faut jouer aux devinettes à partir de gestes ou d’éléments épars ; elle est parfois seulement entravée par un mauvais état buccal, des problèmes dentaires, mais aussi par la surdité qui épuise les protagonistes, et la mal voyance, quel que soit son degré, qui

prive notre interlocuteur d’une partie non négligeable du message, la mimique.
Le toucher, le sourire, la tonalité de la voix, l’attitude même sont des éléments d’échange importants, car la communication est pluridimensionnelle ; elle n’est pas non plus unilatérale, elle est avant tout un échange, avec un feed-back permanent qui permet de contrôler que la transmission a opéré sinon « clair et net », dans ce domaine si subjectif de l’accompagnement, du moins dans une dimension de

reconnaissance de ce que l’autre vit, ou tout au moins de ce qu’il est : une personne à part entière, chez qui il faut essayer de susciter une relative « prise en charge autonome » de cette étape de sa vie : se dissocier de sa souffrance pour « exister » malgré tout (« l’être est mouvement vers » = désir).

Or chez les soignants, la répétition des tâches va souvent aboutir à des actions machinales, accomplies mécaniquement, qui conduisent à une « réification » du patient en « objet de soin » : entrer dans une chambre à reculons, ou en poursuivant la conversation engagée avec un collègue, sont des façons involontaires mais efficaces de nier l’existence du patient auprès duquel on se

rend, et cela même un dément est capable de le comprendre.
On a beaucoup fait ces dernières années pour humaniser les institutions sur le plan matériel, mais les contacts avec les patients se réduisent trop souvent aux soins d’hygiène ou aux soins tout court, accomplis d’un geste sûr mais distrait, avec une économie de mots. Le médecin aussi quelquefois, par lassitude, par overdose de responsabilités médicales, néglige de s’assurer que ses décisions ont été bien comprises et que le patient y adhère suffisamment, évite même telle ou telle chambre.
La peur de mourir est difficile à exprimer, et les patients ressentent parfaitement l’évitement de soignants pressés ou mal à l’aise, et se taisent, d’autant plus qu’ils dépendent d’eux pour tant de choses…
Ainsi, l’isolement instauré par l’âge et la maladie se renforce progressivement dans une attitude régressive : on peut passer alors de l’absence de réaction à la réaction brutale, cris, agitation, quand l’angoisse devient trop forte.
Et l’on observe communément que ces symptômes se calment et disparaissent quand on propose simplement une présence rassurante et attentive, dont la prégnance va demeurer au-delà du départ de la chambre : le patient attendra le retour d’un tel, d’une telle…

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